Et si des patrons milliardaires échangeaient leurs rôles avec leurs employés smicards ?
En m’inspirant de l’Ile des Esclaves de Marivaux, j’ai fantasmé cette situation à la Paris Athenes photofois jubilatoire et très violente.
Entre 2015 et 2017, à côté du théâtre, j’ai travaillé comme hôtesse dans des jets privés, à servir des personnalités politiques, des multimilliardaires, des aristocrates et autres membres de la jet-set… Des êtres parmi les plus riches de la planète. Cette expérience a été le point de départ de Paris Athènes.
En côtoyant ces élites, j’ai vu et entendu des images et des mots indécents.
Ils ont cristallisé en moi le sentiment de révolte que la soumission m’inspire depuis toute petite. Egalement, cette expérience m’a fait prendre conscience de la complexité immense des rapports de classe et de leurs mécanismes de domination.
La nécessité de créer un spectacle pour partager ce vertige et mettre en scène la désobéissance s’est imposée à moi.
Pour tenter de percer ce mystère de l’immense majorité de l’humanité, asservie par seulement quelques êtres, j’ai entamé une longue période de recherches.
Mon point de départ a été Le discours de la servitude volontaire de la Boétie.
Paris Athènes est un voyage au cœur des mécanismes de la domination dans les rapports de classe, mis en parallèle avec les mécanismes de la domination dans l’érotisme. Mon travail avec le collectif Nash est sous-tendu par cette proposition volontairement insupportable : puisque tant d’humains se laissent asservir, et ce depuis si longtemps, c’est peut-être qu’ils prennent leur plaisir dans la soumission et l’humiliation ?
Finalement, peut-être que les plus riches de la planète, ceux qui se douchent au champagne pendant que les autres peinent à boucler le mois, peut-être soumettent-ils le reste de l’humanité non pas par mépris, mais par amour pour elle.
Mise en scène : Laura Lascourrèges
Assistanat : Emel Holloucou
Avec : Kenza Berrada, Lucas Borzykowski, Jean-Albert Deron, Camille Durand-Tovar, Richard Jovial, Margot Ladroue